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Dimanche 30 avril 2006 7 30 /04 /Avr /2006 18:21
 


La notion de groupe d'appartenance et de référence : permet de comprendre dans les sociétés multifactorielles les problèmes d'intégration et de désintégration des groupes. Le groupe d'appartenance est celui auquel on appartient de façon effective, le groupe de référence est celui auquel elle s'identifie. Il est possible d'appartenir à plusieurs groupe de référence en même temps. Comment fait-on pour gérer les relations dans un groupe où les personnes n'ont pas le même groupe de référence ? La négociation ne peut marcher que si on insère une dynamique de groupe dans la discussion tendant vers une même solution. La pression de conformité est très importante dans ce domaine.

Le rapport entre le groupe et la pression extérieur : que se passe-t-il dans un groupe quand il y a pression sur lui par l'extérieur ? Les résultats sont très divers (a + b peut être a ou b ou ab) : le regard d'autrui définit qui on est.la menace extérieur peut souder le groupe et le créer, les gens sont déprivatisés et désindividualisés : il souhaitent se définir en terme de groupe et non plus seulement en terme d'individu. Cela contribue dans les grands groupes à recréer une solidarité entre des gens qui se trouveraient peut-être plus d'affinité avec les membres d'autres groupes sans la pression extérieur. Ce qui unit les membres du groupe devient plus important que ce qui les sépare. Toutes les identités d'une personne ne sont pas faciles à rendre compatibles mais ne sont pas incompatibles entre elles.

Quand le groupe est constitué, il s'institutionnalise (se donne des structures) et il se stabilise (création de règles et de normes avec des systèmes de commandement et des structures). Cette construction leur permet de résister à la pression extérieur quand elle devient perturbatrice. Elle joue un rôle très important dans le fonctionnement des organisations (procès d'Outreau). Par ailleurs, il y a médiatisation des faits qui influe aussi. La pression extérieur peut créer des tensions et des incertitudes dans le groupe (méfiance des membres les uns envers les autres). Ce genre de pression fait que les groupes se scindent en sous groupe en fonction des options dont ils disposent : c'est le jeu du patronat lors des négociations syndicales (plusieurs syndicats et un seul patron). Donc aucun groupe de négociation ne peut fonctionner s'il a un minimum de liberté, s'il est entièrement soumis à son mandant : il faut une authentique dynamique de groupe.


La dissection intérieure des groupes :

Le fait des créations des structures de commandement. On a demandé à chaque personne comment il se situait dans le groupe, avec qui il était prêt à s'associer et avec qui il ne l'est pas, qui à son avis le rejette dans le groupe : représentation graphique du groupe (paires de triades, structure en deux morceaux du groupe) : c'est le sociogramme de Moreno mis en oeuvre dans le cadre de la sociométrie (matérialisation par des traits les relations existantes entre les membres d'un groupe) : relation à double sens ou à sens unique entre les individus d'un même groupe. C'est un moyen de décrire de façon très précise le groupe. L'étude des groupes permet de mettre en avant la notion de rôle qui est perçu comme étroitement lié à la notion de groupe en ce que c'est la place qu'on occupe dans le groupe (définition objective) càd les postures, les comportements qu'on adopte et qu'on est amené à adopter dans le groupe.

La notion de rôle relativise l'identité qu'on a dans le groupe et ce qu'on est vraiment. Nous pouvons jouer des rôles interchangeables dans les différents groupes auxquels on appartient. Les gens doivent apprendre au sein d'un même groupe à endosser différents rôle. La personnalité d'une personne est la somme des rôles que nous endossons dans l'ensemble des groupes auxquels nous appartenons (étude de Durkheim sur le suicide : si on se définit que par une dimension dans un rôle social, c'est extrêmement dangereux car on perd le seul repère que l'on a si on ne peut plus tenir ce rôle unique que l'on a, ce qui explique le suicide : c'est un taux de mortalité qui s'explique par les crises d'anomies : les individus ne se sentent plus appartenir à la société à un moment donné). C'est le cas de la situation des femmes de cinquante ans qui n'ont jamais travaillé et qui ne se définissaient qu'à travers leur qualité de mère.

Problèmes en terme de rôles sociaux et de distinction de ce rôle estimé comme déterminant.

Dans un groupe, l'autorité tend à se structurer de façon spontanée : semble être une fonction générale de tout groupe humain et c'est rendu possible par le fait que la structure du groupe est assymétrique. Le problème principal des groupe est la distinction entre la structure formelle et la structure réélle : de leur adéquation dépend la stabilité du groupe.

On peut distinguer un certain nombre de facteurs qui déterminent le moral d'un groupe dans une structure collective :

  • il faut que les relations affectives entre les individus fonctionnent à peu près bien

  • le bon fonctionnement des rapports avec l'autorité du groupe

  • le groupe doit avoir confiance dans la possibilité de réussir

  • les contraintes sur le groupe doivent être perçues comme tolérables

  • il faut éviter les incompatibilités entre l'organigramme et la réalité sociologique du groupe (aboutirait à des phénomènes de fuite notamment) ou les conflits d'autorité dans le groupe. Quand plusieurs structures formelles d'origine différentes apparaissent dans un même groupe, il y a de grands déséquilibres (personne appartenant à un syndicat et parti politique mais à des positions différentes), interférence de différentes structures (village et professionnelle)

L'intérêt d'un groupe est de s'imposer et pour cela, il propage des éléments de démoralisation dans le groupe adverse (notamment par le biais de rumeur), faire en sorte que certaines personnes soient éloignées, on intensifie la pression sur le groupe adverse ou plus précisément augmenter la pression des groupes extérieurs de référence sur le groupe. On peut aussi perturber le travail du groupe.

Dynamique des groupes de discussion : plusieurs étapes ont été dégagées :

  • établissement d'un sentiment de sécurité dans le groupe : permettre à chacun d'être à l'aise dans l'espace du groupe

  • établissement de la sécurité dans la relation interpersonnelle : on abaisse le masque, d'où une insécurisation des individus due à la perte de leur anonymat

  • tolérance relative : conscience qu'il faut dépasser les intolérances et tensions précédentes dans le groupe : développement de la participation dans le groupe, situation sécurisante, mais non productifen raison de la recherche de l'unanimité (cf la pression dans le groupe)

  • perte de l'unanimisme et chacun tente de redéfinir sa place dans le groupe, résistance à une onclusion totale dans le groupe, définition individualiste de l'importance de l'investissement dans un groupe (cf groupe de travail)

  • structuration du groupe : tout le monde a implicitement admis que le groupe existe et que le dissensus est considéré comme légitime, d'om le besoin d'une réelle communication dans le groupe avec des structures qui se mettent en place de façon durable. La structuration se fait spontanément entre les individus

  • le groupe s'autorégule et est capable de gérer ses propres conflits, les rapports et transitions d'autorité, peut importe le changement de leader car le groupe est devenu indépendant de son leader et a une existence propre

Ce sont des étapes générales valables pour tout type de groupe. L'efficacité du groupe dépend d'une alternance d'unanimie et de conflit : la constitution d'un groupe se fera forcément dans la douleur




Chapitre 5 :

Les méthodes des sciences sociales appliquées à la rumeur


Une rumeur est un bruit qui court dans un groupe, une foule et qui porte des informations, peu importe qu'elle soit vrai ou fausse, divergence des professionnels sur la véracité de la rumeur (pour certains, l'étude de la rumeur ne doit être considéré que comme un moyen de communication, peu importe son contenu ; pour d'autres, la rumeur se définit comme portant une information vraie ou erronnée et les moyens et canaux de cheminement diffèrent selon qu'elle est vrai ou erronnée).

  1. La recherche de terrain : Edgar Morin et la rumeur d'Orléans

En juin 1969, un article du Monde contient un article type de rumeur et l'article rapporte tous les on-dits de la ville d'Orléans. Deux informations complémentaires sont mises en avant : aucune disparition n'a été déclarée et les magasins du centre ville sont désertés car ils sont visés par la rumeur qui était entièrement fausse et très solide.

Il était pourtant avéré que la rumeur était fausse mais une partie de la population la considérait toujours comme fondée. La structure de son enquête (en plus de celle sur le changement faite en Bretagne) sur la rumeur : il y va avec des étudiants et des questions qu'il tente d'expérimenter sur place (pourquoi dans les magasins juifs ?). en juillet 1969, il étudie la rumeur : il considère que la rumeur est la résultante d'une crise qui est l'état de la société dans une situation difficile : rumeur dangereuse et virulente qui varie selon la position sociale et le groupe social d'appartenance des individus (jeunes et femmes sont très sensibles à la rumeur).

Ses hypothèses sont :

  • la rumeur est une allégorie de la crise de la société française globale

  • la rumeur est un mythe : récit imaginaire d'événements fictifs symbolique simplifiant la réalité et qui est collectivement acceptée avec une dimension affective et pour Sorel, le mythe est une idée objectivement fausse et subjectivement efficace

  • le mythe est à l'intersection de deux grandes formes mythiques : le mythe de la traite des blanches et le mythe de l'antisémitisme

Mode d'organisation de sa recherche :

  • recherche menée individuellement par un petit groupe de volontaires

  • recherche rapide

Il va devoir trouver des moyens suffisamment efficaces pour combler les manques de moyens et pour cela il mélange des techniques éprouvées et des emprunts à l'imagination sociologique avec 4 étapes :

  • étape documentaire : rassemblement de documentation

  • recherche d'antécédents (rumeur de Grenoble avec certains éléments récurrents : enlèvement) avec chronologie de tous les éléments recensés

  • interrogation par des personnes de mêmes CSP, entretien non directif, pas de réunions de groupe : une seule grande réunion : le banquet sociologique

  • il fait une synthèse des résultats avec les documents.

Il a trouvé :

  • une analyse du récit mythique : inversement des responsabilités (la femme est toujourss respnsable de la dégradation sexuelle subie par la femme en ce qu'elle incarne la sexualité) car la femme est totalement innocentée

  • l'invention d'un nouveau coupable : le juif : pour lui, il y a une inhibition par rapport à cette catégorie de coupables potentiels : après la deuxième guerre mondiale, l'idée du juif coupable était refoulé dans l'inconscient collectif. La rumeur d'Orléans montre la fin du tabou de l'antisémitisme et elle indique une crise globale de la société et l'inflexion de l'inconscient collectif où il devient de nouveau possible de désigner les juifs comme responsables de tous les malheurs sociaux

Ce qu'il en tire pour le déroulement et la nature sociologique de la rumeur :

  • la rumeur est une peste, un fléau social qui se répend dans le corps social

  • la rumeur évolue différemment selon les espaces et les milieux sociaux : la rumeur est partie des jeunes filles scolarisées, la rumeur circule vite et bien et s'incruste plus durablement chez les jeunes, les femmes et les classes populaires. Le pourquoi n'est pas tranché par l'étude. Il est probable que ce soit la couche militante de l'intelligencia qui a le plus contribué à la fin de cette rumeur

Conclusion : la rumeur remplit une fonction clairement sociale : si elle s'installe et circule, c'est parce qu'elle correspond à un besoins social.

  1. L'approche expérimentale de la rumeur : en laboratoire ou en vrai

Il y a eu de nombreux travaux, notamment américains et français surtout depuis les années 1980.

  • première enquête américaine : l'enquête à partir de rumeur réelle :


Attaque japonaise sur la flotte américaine à Pearl Harbor laquelle a causé de gros dégâts matériels sur les bâteaux et vague de rumeur sur l'ampleur et la gravité de l'attaque aux Etats-Unis : rapport officiel commandé et diffusé immédiatement par le pouvoir en place mais la rumeur continue à courir.

Une équipe de chercheur se met au travail et avance des hypothèses :

  • la circulation des rumeurs s'explique par la justification ou de soulagement des tensions émotionelles : la rumeur appaise les inquiétudes

  • la rumeur se propage dans un groupe social dans des proportions liées à l'importance de l'objet de la rumeur dans le groupe (va plus vite quand elle passe par des personnes qui se sentent impliquées dans le domaine de la rumeur)

Pourquoi les rumeurs persistent malgré les rectifications de la rumeur pour la vérité ? Discours de Roosevelt et font une enquête avant et une après son discours avec les mêmes outils. Pour cela, ils vont :

  • faire une enquête avant sur des étudiants avec des échantillons raisonnés de la population avec plusieurs vagues d'enquêtes successives, ce qui permet de mesurer la résistance de la rumeur au démenti

  • demande à certains étudiants de ne pas entendre le discours et à d'autres de l'écouter. À l'aide d'un questionnaire simple pour mesurer l'évolution de la rumeur, une question porte sur ce qui les interesse : les pertes subies à Pearl Harbor sont-elles plus, égales ou moins grandes que celles des démentis officiels ? Avant le discours de Roosevelt : on se fie à la rumeur publique alarmiste et donc on considère que le gouvernement ment mais après, on se rend compte que le climat est apaisé, la rumeur souffre.

La rumeur est donc très persistante et très résistante à la parole du président américain. On a une variable indépendante : le discours du président et les variables à expliquer : la croyance en la rumeur.



  • enquête en laboratoire sur la rumeur



Expérience française dans les années 1980 sur la notion de rumeur, dont le travail est axé sur le caractère de déformation de l'information avec la rumeur et sa propagation. Elle est caractérisée par le caractère oral de la rumeur, elle se propage par contagion sociale.

Protocole d'expérience :

  • prend des étudiants

  • projection devant eux une image riche en détail et des gens voient l'image, d'autres ne la voient pas et celui qui la voit doit décrire à l'autre et ainsi de suite

  • on regarde comment l'information arrive au dernier maillon.

On analyse les modes de déformations :

  • réduction : image complexe au départ, le résidu est le même que celui qui arrive au bout. Le contenu est synthétisé dans un minimum vital

  • accentuation : les déformations vont toujours dans le même sens et certains éléments sont accentués sans être les plus importants dans l'histoire, d'autres disparaissent en cours de route

  • élaboration : transformation de la scène initiale avec la condensation (des éléments du récit n'en forment plus qu'un ou à un niveau moins avancé de la transmission, la précision disparaît entre les personnes), la généralisation (opération par laquelle on étend à toute une population les caractéristiques d'une partie de celle-ci : stéréotypes et déplacements càd transfert de la représentation d'un objet à un autre)

L'intérêt est que dans cette approche, on trouve des constantes de la communication et de sa circulation dans un groupe qui répond toujours à ces grands stéréotypes. Il y a la cristallisation de la haine, du groupe par la cristallisation de l'anti groupe (ennemi).

Par cyrile - Publié dans : méthode des sciences sociales 2
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